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 Les dinosaures...
Valery RUNEMBERG
Les dinosaures regardaient-ils la météorite ?
C'est tout de même fascinant d'assister, en direct, à ce qui ressemble à la fin d'une civilisation.
À la réflexion, je ne pouvais qu'en être spectateur. Même avec cette conscience, même avec mes choix du quotidien — trier mes déchets, limiter ma consommation, défendre la sobriété, prôner la décroissance et appeler à la réflexion — le combat semblait perdu d'avance face à la puissance médiatique, économique et culturelle d'une société profondément consumériste.
La Terre a déjà connu cinq grandes extinctions massives provoquées par des phénomènes naturels : volcanisme géant, changements climatiques brutaux, impacts cosmiques... Aujourd'hui, une nouvelle crise de la biodiversité se déroule sous nos yeux. Cette fois, le facteur déclencheur n'est pas venu de l'espace : il vient de notre propre espèce.
Nous avons développé une intelligence scientifique et technique extraordinaire.
Nous sommes capables d'observer la planète depuis l'espace, de modéliser le climat, de comprendre les mécanismes du vivant... et pourtant, nous avons encore du mal à remettre en question un modèle fondé sur l'accumulation et la consommation.
Alors je regarde cette époque avec une certaine ironie.
Je vois ceux qui laissent tourner leur moteur pour profiter de quelques degrés de fraîcheur en pleine canicule, comme si l'énergie était infinie et que la chaleur n'était qu'un désagrément passager.
Que leur dire ?
Ils argumenteront que c'est leur liberté, que des milliardaires vont dans l'espace faire un tour ou utilisent l'avion sans se soucier des conséquences.
Certains évoqueront la méfiance envers les scientifiques, des intérêts cachés, les manipulations ou les puissances occultes.
Vivre en société, c'est accepter que nos choix individuels de consommation puissent avoir un impact sur les autres, quelle que soit notre place dans la société.
Quel sera le choix de la nature lorsque le verdict tombera ?
Elle ne lit pas nos opinions, ne connaît pas nos certitudes, ni le respect que l'on a pour les autres. Fera-t-elle la différence entre ceux qui avaient conscience du problème et ceux qui l'ont ignoré lorsqu'elle abattra sa sentence ?
L'Histoire nous apprend que toutes les civilisations sont mortelles. La question n'est peut-être pas de savoir si la nôtre changera, mais comment nous choisirons de traverser cette période qui va durer des milliers d'années.
Si une civilisation humaine renaît et si des archéologues étudient les quelques artefacts que nous aurons laissés de notre époque, ils découvriront peut-être une civilisation capable de comprendre le climat, de mesurer le vivant et de prévoir les conséquences de ses actes... mais qui aura parfois préféré chercher des solutions de confort immédiat plutôt que de s'interroger sur ses choix fondamentaux.
Ils se demanderont peut-être comment une civilisation aussi avancée technologiquement a pu avoir autant de difficultés à agir lorsqu'elle possédait toutes les connaissances nécessaires. Pourquoi a-t-elle cru que la climatisation pouvait être un rempart contre la nature ? Pourquoi, à l'heure du jugement, se battre pour des terres et des souverainetés stériles et arides au moment tragique ?
C'est peut-être cela, le véritable paradoxe de notre époque : une humanité capable de regarder les étoiles, mais qui peine encore à prendre soin de la planète qui l'a vue naître, à s'unir face à un danger dont la réponse ne peut être que collective. Et pourtant, nous sommes peut-être déjà face à la catastrophe annoncée, comme des dinosaures regardant une météorite illuminer le ciel sans imaginer qu'elle allait mettre fin à leur monde.
Valery RUNEMBERG
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